Jon Rafman @ MACM | entretien avec Mark Lanctôt

Le passage de David Almejd au Musée d’art contemporain de Montréal [MACM] a retenu beaucoup l’attention des grands médias. Toutefois, on parle beaucoup moins de son voisin d’exposition Jon Rafman qui jouit pourtant d’une belle visibilité sur la scène internationale. L’artiste, originaire de Montréal et qui a étudié à Chicago, s’est fait découvrir par le public montréalais avec son corpus de travail Googles Street Views [9 Eyes] exposé à la dernière édition du Mois de la Photo. Je me suis entretenu avec Mark Lanctôt le commissaire de son exposition au MACM.tumblr_m2y637lHOP1qzun8oo1_1280D’emblée, le travail de Rafman a souvent été associé à l’art dit «postInternet». Cette tendance de l’art actuel regroupe le travail de plusieurs artistes qui utilisent le web comme matière première. Toutefois, comme le souligne Lanctôt, cette étiquette demeure particulièrement rébarbative et éculée. Le terme «postInternet» est devenu un qualificatif à la mode; un fourretout conceptuel.stilllifebetamale-sÀ cela le commissaire ajoute.

Une pratique comme celle de Rafman n’aurait pas pu exister dans une ère préInternet. La culture propre au web et aux jeux vidéo a servi à Rafman comme «ready-made» pour créer ses œuvres. L’artiste va chercher le meilleur et le pire de la culture que l’on peut retrouver sur la toile.

Certaines œuvres de Rafman interrogent la pérennité de cette culture web. À cet effet, plusieurs se demandent si ce travail vieillira bien dans le temps. Lanctôt soutient que l’artiste représente une esthétique dominante de son époque. Le côté fugace ou désuet, de Second Life par exemple, met de l’avant certains aspects de notre société que nous prenons pour acquis. Peut-être que les générations futures s’intéresseront à ces formes de sous culture.yasiaofwaterfallEnfin, il y a un certain relent du romantisme dans l’exposition de Rafman. Que ce soit par la présence des thèmes de la nostalgie et de l’exotisme; les images de cataclysmes ou de décadence. De plus, la figure du flâneur – tel que décrit par Charles Baudelaire [1821-1867] – que l’on retrouve dans le corpus de travail Kool Aid Man interpelle des idéaux romantiques.

kool-aid-man-in-second-life-2010Somme toute, l’exposition peut sembler tendancieuse. Toutefois, on y saluera les risques qu’elle prend en y abordant des thèmes et des images qui cherchent à déranger. Personnellement, j’y retiens la grande créativité de l’artiste à déployer des dispositifs de présentation vidéo les plus imaginatifs les uns que les autres. Enfin, le catalogue dont la conception graphique a été confiée à FEED s’avère un ouvrage singulier et rafraichissant comparativement aux publications plus sobres dont nous a habitué le musée.

Jon Rafman, commissaire : Mark Lanctôt, 20 juin au 13 septembre 2015, Musée d’art contemrain de Montréal, 185 rue Sainte-Catherine Ouest, macm.org.
Photo 1 : Jon Rafman, «3081 Valmont Road, Boulder, Colorado, USA, 2012, série des «Google Street (9 Eyes Views)».
Photo 2 : Jon Rafman, «You Are Standing in an Open Field (Waterfall)», 2015.
Photo 3 : Jon Rafman, «Still Life (Betamale)», 2013.
Photo 4: Jon Rafman, «Kool Aid Man in Second Life», 2008-2011.